Notre lycée porte son nom, mais qui est Jacques Feyder ?


Article publié sous la plume de François Valner dans le journal Feyder.
Jacques Feyder, l’homme cinéma. QUI EST-IL ?

Notre établissement porte son nom.
Voici quelques épisodes de la vie d’un boulimique de la pellicule.

Le regard clair, le front haut, la silhouette efflanquée dans un costume trois pièces impeccable. L’homme a une incontestable prestance, un charisme rare et une allure de jeune premier. Logique, Jacques Feyder
est d’abord un acteur. Un interprète qui, après avoir brûlé les planches, tente la grande aventure du cinéma muet. Deux films en 1915 : Autour d’une bague de Gaston Ravel et Quand minuit sonna de Charles Burguet. Il
enchaîne l’année suivante avec La faute de Pierre Vaisy de Jacques de Baroncelli et surtout Les Vampires :
Satanas de Louis Feuillade, une comédie dans laquelle il joue le client d’un cabaret aux côtés de Françoise Rosay. Une rencontre cruciale puisque cette dernière deviendra son épouse et sa muse.

Une carrière ponctuée par 39 films réalisés entre 1916 et 1941.

Grâce à Louis Feuillade, dont il devient l’assistant, Jacques Frédérix (de son vrai nom) trouve sa voie : la mise en scène. Débute alors une incroyable carrière ponctuée par pas moins de 39 films de 1916 à 1941,
dont onze pour la seule année 1916. De 1915 à 1917, il tourne 15 films pour la Gaumont, généralement
comiques, dont trois à partir de scénarios de Tristan Bernard. Dans quatre d’entre eux, Françoise Rosay occupe le premier rôle.

Une cadence infernale qui semble convenir à ce natif d’Ixelles en Belgique. L’homme est en effet insatiable. Un boulimique du septième art qui trouve même le temps de s’essayer également aux métiers de monteur, adaptateur, conseiller artistique, directeur artistique, décorateur, conseiller technique et scénariste. Il écrit son premier film, La Faute d’orthographe, en 1919, une comédie qui passe inaperçue. Peu importe, il persévère et signe deux ans plus tard L’Atlantide, adapté d’un roman de Pierre Benoît sorti en 1919 et qui vient d’obtenir le Grand Prix du roman de l’Académie Française. Feyder en rachète les droits et va s’installer en Algérie pour tourner l’histoire de ces deux hommes perdus dans le désert. Le film est une superproduction record pour l’époque. Et cette fois, le succès est au rendez-vous, malgré une longueur exceptionnelle (3h15) : L’Atlantide tient plus d’un an à l’affiche…

La carrière du cinéaste est définitivement lancée. En 1922, il réalise Crainquebille, d’après le roman d’Anatole France, là encore un grand succès. Par la suite, on retiendra Carmen (1926) ou son adaptation de Thérèse Raquin d’Émile Zola en 1928. Sa réputation est faite. Son talent et sa renommée franchissent bientôt l’Atlantique. La célèbre et gigantesque Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) lui propose de diriger l’immense et sublime Greta Garbo dans The Kiss (Le Baiser, 1929), l’un des derniers films muets réalisés à Hollywood. Le résultat est convaincant puisque la MGM lui propose d’autres films. C’est notamment en 1930 Si l’empereur savait ça, où Françoise Rosay tient le premier rôle. Ils ne se quittent plus, Françoise Rosay passant de la femme fatale (Le grand jeu, 1933) à la mère de famille (Pension mimosas, 1934), puis à l’épouse du bourgmestre d’un petit village de Flandre (La kermesse héroïque, 1935). Un dernier film très controversé sur l’occupation espagnole en Belgique au XVIIe siècle, mal accueilli dans les milieux flamands mais qui est souvent présenté comme son oeuvre la plus aboutie. Il lui vaut en tout cas le prix international de la mise en scène en 1936 lors de la Mostra de Venise.

Jacques Feyder tourne encore trois films avant guerre dont, en 1937, Le Chevalier sans armure avec Marlene Dietrich. Il réalise sa dernière composition Une femme disparaît en 1941 en Suisse où il a trouvé refuge. Le film sort en 1946, deux ans avant sa mort le 24 mai 1948.
« Il est l’homme-cinéma. Il voit cinéma, pense cinéma, vit pour le cinéma », disait de lui Marcel Carné, qui fut longtemps son assistant.

Article signé François Valner pour le numéro 1 du journal Feyder.

Feyder express
Etat civil : Jacques Frédérix
Nationalité : belge
Né le 21 juillet 1885 à Ixelles (Belgique)
Mort le 24 mai 1948 à Prangins (Suisse)

Liens familiaux :
Marié à Françoise Rosay. Deux de leurs enfants sont réalisateurs, Paul Feyder et Bernard Farrel. Le troisième, Marc Frédérix, est décorateur.

Pour en savoir plus
« Le Cinéma notre métier » par Jacques
Feyder, 1946, Editions d’a rt Albert Skira

http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index
http://www.iletaitunefoislecinema.com/artiste/63
http://www.atlantide-films.net/filmo/feyder

Certains de ses films sont disponibles en DVD.